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Billet d'humeur : Biennale d'art contemporain de Venise

27/05/2019

Découvrez la Biennale d'art contemporain de Venise

Par Laurent Issaurat, Head of Art Banking Services, Société Générale Private Banking

Ralph Rugoff, le charismatique et talentueux directeur de la Hayward Gallery de Londres, en charge des expositions centrales de la Biennale 2019, avait prévenu: « May you live in interesting times inclura des créations largement ludiques, illustrant le fait que c’est lorsque l’on joue que nous sommes le plus pleinement humain ». Le résultat, dévoilé aux professionnels du monde de l’art pendant la semaine du 6 mai, juste avant l’ouverture officielle, a dépassé les attentes.

La sélection d'artistes est resserrée -80 au total, contre 120 dans la Biennale précédente, en 2017-, et compte des créateurs souvent jeunes, dont plus de la moitié de femmes. L'idée de génie de Rugoff a été de demander à chaque artiste de produire deux œuvres : une "proposition A", exposée dans le Pavillon Central des Giardini, et une "proposition B", destinée à la grande Corderie du site de l'Arsenale, longue de plus de 300 mètres.

Le thème général, "May You Live In Interesting Times" -un faux proverbe chinois-, invite à dresser un vaste portrait de notre époque, inquiétante et captivante à la fois, pleine de promesses mais aussi de dangers. Dans les deux lieux, les créations se télescopent, se répondent, creusent dans la matière des temps présents. On y discerne un siècle de chamboulements, spirituels, philosophiques, climatiques, technologiques ou humains. Le miroir tendu aux visiteurs est tout simplement fascinant : la puissance de la machine et des technologies se déploie, tandis que la réalité virtuelle et autres effets d’animation autorisent des bonds quantiques inimaginables auparavant. Toujours, les yeux semblent rivés vers le futur. Au total, à travers les Giardini et l'Arsenale, c'est un vent puissant qui souffle. Un vent qui décoiffe et qui rafraîchit, projetant les visiteurs un cran plus loin dans le 21ème siècle. La contribution des pavillons nationaux, quant à elle, est impossible à résumer, tant elle est diverse et colorée, enrichie par la remarquable participation inaugurale de Madagascar et du Ghana. La musique, peut-être, permet à plusieurs lieux de briller tout particulièrement, que ce soit dans le road movie de Laure Prouvost au pavillon français, au rythme des pas de danse des pavillons brésilien et suisse, dans le Ballet Mécanique du pavillon russe, ou lors de la performance opératique lithuanienne, qui remporte le Lion d'or du meilleur pavillon national.

Une édition où l'art se montre tonique et ouvert, engagé et critique, plus moderne et nécessaire que jamais. Un rendez-vous immanquable.

Biennale d’Art Contemporain de Venise, du 11 mai au 24 novembre 2019

 

Laurent Issaurat